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Sergi Lòpez

portrait sergilopez

Description

A 50 ans, Sergi Lòpez revient à ses premières amours et s’installe au Jean Vilar pour 5 représentations. Si on connaît bien l’acteur catalan à la voix chaude et à l’accent so sexy pour ses rôles dans «Harry,un ami …»,«Tango libre»,«Partir» ou encore «La tendresse», on sait moins qu’il est avant tout homme de théâtre. Il le prouve avec 30/40 Livingstone qu’il partage avec Jorge Picò. Ce duo surprenant propose une fable loufoque et déjantée, existentielle, un voyage fantastique dans lequel on part à la découverte d’un animal des plus étonnants…Rencontre avec un comédien passionné qui met son art au service d’une réflexion humaniste..ou l’inverse.

 

En Belgique, on ne te connaît pas en tant que comédien de théâtre…

On n’a jamais joué ici ou très peu et la deuxième raison c’est que le théâtre a une répercussion médiatique beaucoup moins grande que le cinéma. Les films et les festivals cinématographiques ont une résonance beaucoup plus forte.

C’est pourtant ton premier métier…

Oui, j’ai étudié dans une école de théâtre en Espagne et puis à Paris, et pendant cette période, chez Jacques Lecoq, j’ai appris qu’on cherchait un acteur avec un accent espagnol pour un rôle dans un long métrage. Je me suis présenté au casting plutôt par curiosité parce que je ne pensais pas sérieusement faire du cinéma et là, j’ai rencontré Manuel Poirier. Ça a collé et on a enchaîné 9 films !! Mais je n’ai jamais laissé tomber le théâtre, j’ai toujours considéré le cinéma comme un accident. J’ai fait beaucoup de films mais ce ne sont pas toujours des premiers rôles, il y a aussi des petits rôles. « Western », le cinquième film que j’ai fait avec Manuel, a été un succès et a reçu le Prix du Jury à Cannes. Le lendemain, la presse parlait de moi comme de quelqu’un qui fait du cinéma ; jusque-là, je n’en avais pas conscience.

Entre les deux ton cœur balance ?

Les deux m’apportent le plaisir de jouer. On a un peu tous, ce fantasme de jouer quelqu’un d’autre, un personnage, un cow-boy, un méchant. Mais plus j’avance dans ce métier, plus je me rends compte que ça me parle, qu’il y a quelque chose de plus, un vrai lien avec l’être humain, avec ce qu’il y a de plus profond en nous. Pour moi la différence, elle se situe au niveau de la création. Au cinéma, je ne fais que jouer, je suis dirigé, je fais ce qu’on me dit. Au théâtre, je crée, j’écris, je me pose des questions, je cherche un sujet, des décors… C’est un travail plus complet. Et puis il y a la technique qui est différente dans l’un et l’autre. Au cinéma, tu as des gros plans, au théâtre, le corps doit être engagé sinon le public ne ressent rien.

D’où vient l’idée de la pièce 30/40 Livingstone?

Avec Jorge, on avait déjà écrit un spectacle, que je jouais tout seul. On travaille vraiment ensemble, on s’implique tous les deux dans l’écriture et la mise en scène, on échange tout le temps et on est complémentaire. Alors on s’est dit, que dans le deuxième, on jouerait tous les deux et qu’il fallait trouver un décalage : on ne pouvait pas être de la même planète ou deux frères qui parlent le même langage. On vient d’une école du mouvement où chacun développe son propre univers, et nous sommes très différents : lui, il est très cultivé, il a tout lu, tout vu, il est rigoureux, structuré, moi, je suis chaotique, intuitif, instinctif, je n’ai rien vu…  On a quand même un point commun, outre la gestuelle, on aime bien que l’humour serve à quelque chose, qu’il ne soit pas juste superficiel. On ne sait pas pourquoi mais quand l’un a proposé ce décalage, l’autre était d’accord, comme si c’était évident, juste. On a donc imaginé un explorateur, avec ses jumelles, qui observe les gnous ou les girafes et qui voit passer un animal inconnu, un homme. On s’interroge sur l’être humain. On a approfondi l’idée en lui mettant des cornes pour éveiller l’imaginaire du public, pour le troubler. Et de fil en aiguilles, on a avancé, un peu dans l’improvisation, comme des kamikazes. Une idée en a suggéré une autre et ainsi de suite.

Un mot sur la pièce…

D’un côté, un explorateur anthropologue et de l’autre, une créature à tête de cerf, muette et qui joue au tennis ! On a trouvé une activité à notre homme, il joue au tennis ! C’est surréaliste, ça oblige le spectateur à se poser des questions, à imaginer, à compléter, à rentrer dans une logique. C’est très drôle. C’est un face à face entre un homme qui veut arrêter de suivre les chemins qu’on lui a tracés et briser les liens avec son père. Mais l’homme est un drôle d’animal, il finit toujours par ressembler au modèle auquel il veut échapper.

Quel est le message que vous transmettez?

Du tennis, a germé l’idée de règles. Il y a un juge, qui peut dire « non » ou « silence », des lignes, un cadre, un comptage, 0 -15 – 30 – 40. Ça nous permet de parler de la société, de ce qui est permis, de ce qui est transgressé. On se questionne sur l’argent, les sponsors, tout le business autour du tennis et on fait un parallèle avec le monde dans lequel nous vivons.  Il y a le besoin d’échapper à l’emprise patriarcale, au chemin tracé et en même temps le cauchemar que les choses se répètent. On parle du pouvoir que la société a sur nous. Le cerf, il ne se révolte jamais et il finit mal. Mais nous ne donnons pas de leçon de morale, c’est juste un appel à la prise de conscience et à la révolte. Le Théâtre est politique, il occupe une position ; ça ne nous intéresse pas de faire de l’humour inoffensif, on peut faire rire mais on veut d’abord intéresser et apporter une profondeur.

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© David Ruano

Le spectacle a été joué à de nombreuses reprises en France, en Espagne, en Amérique latine. Il est passé par Avignon en 2014 où il a cartonné et reçu les éloges du public et de la presse.
Au Théâtre Jean Vilar du 2 au 6 février.

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