Bannièredef


Tania Garbarski et Charlie Dupont

tuyauterie4

Femme accomplie, maman heureuse, comédienne passionnée et reconnue, Tania Garbarski fait parler d’elle et ce n’est pas fini. Mari comblé, papa engagé, comédien instinctif et boulimique, Charlie Dupont est partout, même où on ne l’attend pas. Mais, ces deux-là, qu’ont-ils de plus ? Rencontre avec ce duo de charme  – couple à la ville et à la scène  –  à l’issue de la pièce  Tuyauterie de Philippe Blasband.

Description

Tania, vous vous décrivez comme une femme qui remet sans cesse son travail en doute, êtes-vous une perfectionniste ou une insatisfaite ?

Insatisfaite peut-être. Perfectionniste certainement. J’ai besoin de recommencer souvent. C’est le bonheur au cinéma, ça m’arrive souvent de demander de pouvoir refaire une scène. Pas tout le temps, car je sais ce que représente un tournage et je ne suis pas la seule, il n’y a pas que mon histoire. Mais à l’intérieur de moi, ça bouillonne et le soir, j’y repense encore et je me dis parfois «Ok, j’ai compris, je sais ce que je dois ou ce que je veux faire… ». Charlie, lui, il est instinctif,  il est bon à la première prise et sur la durée, ça peut parfois s’essouffler ; moi c’est l’inverse, au plus je vais travailler, au mieux ce sera. Je ne pourrais jamais écrire, je remettrais en doute la moindre virgule, ça me prendrait une éternité et je deviendrais dingue !

Vous avez vraiment voulu travailler ensemble, pourquoi ?

Charlie : Nous avons des manières de travailler diamétralement différentes et nous voulions, il y a déjà 5 ans, mettre en commun et confronter ces différences artistiques. Tania, c’est une technicienne classique de Philarmonique, moi je suis un jazzman instinctif ! Elle vient de l’INSAS, du Théâtre des Martyrs, moi de la comédie, d’une école de la gestuelle, de la télé…. C’est la complémentarité qui fait le côté moderne qui enrichit le duo.
Tania : J’ai besoin de passer par la technique pour me libérer alors que Charlie a besoin de se mettre en danger, d’être dans la spontanéité. Nous venons d’univers très différents, lui de l’impro, de la Kleine Academie et moi de l’INSAS, ce sont des familles théâtrales à l’identité marquée. Fixer les choses c’est plus difficile pour lui, il a envie de changer, d’improviser. Il est conscient qu’au théâtre, il y a des règles, des lumières à respecter, des déplacements à contrôler mais il est dans l’intuitif. Le challenge, le côté compétition me rebute et lui il est à l’aise là-dedans. Moi, je ne peux pas être efficace au quart de tour, ça me paralyse, ça me fait flipper.

Qu’est-ce que ça vous apporte de travailler ensemble ?

Tania : On a une complicité totale. C’était un risque à prendre mais le mariage de nos deux univers a fonctionné. Notre complicité est une valeur ajoutée sur le plateau ou la scène.
Charlie : Ça nous permet d’en apprendre toujours plus sur l’autre et de l’aider à s’aventurer sur un terrain qui n’est pas son terrain habituel. Par exemple, dans ‘Promenade de santé’, c’est moi qui vais sur son terrain et dans ‘Tuyauterie’, c’est elle qui vient sur le mien. Et c’est un plaisir pour les deux. Et puis, se rencontrer tous les soirs, c’est plutôt magique ! Les psy disent qu’il faut sans cesse réinventer son couple…

Ça n’envahit pas trop votre vie privée ?

Tania : Les enfants permettent de garder l’église au milieu du village. Quand on rentre, nos deux filles sont là, ont besoin de nous et nous, on adore notre premier métier qui est celui de parent. Nous sommes aussi très gâtés par nos metteurs en scène, ils sont brillants et mettent tout le monde d’accord. Du coup, on ne remet rien en question. Si ce n’était pas le cas, on continuerait à discuter à la maison. C’est plutôt une facilité pour les répétitions, on répète ensemble chez nous, on fait des italiennes… Et même partout, en vacances, en voiture… C’était d’ailleurs très drôle avec ‘Tuyauterie’ parce qu’il y a plein de mots crus et des phrases pas adaptées à de jeunes oreilles, quand je crie « Je veux baiser » ou quand Charlie répète le mot « vagin ». Devant les enfants, quand on répète, on est prudent, par exemple on avait remplacé vagin par un autre mot, « chagrin » je crois…
Charlie : On a envie de continuer comme ça mais il faut qu’on ait chacun des projets individuels pour se nourrir d’autre chose et pouvoir s’apporter mutuellement des choses puisées à l’extérieur. Le fait d’être un couple, c’est un plus pour le metteur en scène, il n’a pas de tension à gérer et pour nous, c’est plus facile de s’abandonner, psychologiquement et physiquement, parce qu’on sûr de trouver de la bienveillance chez son partenaire.

Qu’est-ce qui vous rapproche ?

Tania : Nous nous sommes rencontrés sur des valeurs fondamentales similaires, alors qu’on vient de régions différentes et de familles différentes. Moi j’ai des parents divorcés, lui a des parents ensemble, qui s’aiment… On a tout de suite été d’accord sur certaines valeurs, sur les priorités : réussir notre couple, donner du temps à nos enfants. Nous sommes assez semblables sur notre approche de l’amitié, sur la place qu’occupent nos amis. On a une entente sur les valeurs humaines avant les valeurs artistiques. Sur ces dernières, nous étions un peu curieux, dans le sens animal du terme, curieux de savoir comment fonctionnait l’autre.

Parlons de ‘Tuyauterie’… Pensez-vous que ça arrive dans la vie qu’une cliente veuille « se taper » le plombier ?

Charlie : Oui, et on en a eu la preuve avec ce couple qui est venu nous trouver pour nous dire que c’était leur propre histoire !
Tania : C’est que c’est crédible… C’est ça qui est formidable dans l’écriture de Philippe Blasband, elle se met bien en bouche, est très cinématographique, c’est un langage parlé de tous les jours,  pas un français compliqué. On la joue un peu comme au cinéma, en grossissant juste un peu le trait,  c’est assez réaliste. L’identification n’en est que plus facile pour le spectateur.

Il y a une chouette scène où vous poussez une énorme gueulante, Tania ! C’est un exercice difficile ?

Tania : Je crie pour toutes les femmes du monde, c’est génial!  Philippe a été très précis : « Tu ne peux pas reprendre ta respiration, ça doit sortir d’un trait, d’un seul jet ». Or, c’est un long monologue. Comme j’avais peur de passer pour une hystérique, au début, je modulais pour qu’on comprenne bien ce que je dis, mais maintenant, je me donne à fond !  C’est intéressant à travailler mais épuisant. D’ailleurs, le spectacle est épuisant. C’est assez physique, on n’arrête pas de parler, on traverse la scène d’un bout à l’autre…. Dans cette gueulante, il y a du souffle. Ça demande de la technique pour ne pas se « casser » la voix car il faut tenir sur la longueur, il y a d’autres représentations derrière. Finalement je n’ai pas trop de mal car je suis très en accord avec mon personnage.

Le succès, qu’est-ce que ça  vous  fait ?

Tania : Le succès, ce n’est pas ce que je cherche avant tout mais j’aimerais encore avoir de belles propositions. Ce qui me rend heureuse c’est qu’on a beaucoup bataillé pour ça et on récolte les fruits de notre travail. On sent aussi que la Belgique s’ouvre à une forme de soutien à ses artistes, ce qui manquait cruellement. Avant, les spectateurs n’allaient pas forcément voir les « belges », il n’y avait pas les séries belges, pas les Magritte, les artistes devaient s’exporter pour être reconnus ici, c’est en train de changer… Avant on allait voir un auteur ou un metteur en scène, aujourd’hui, on va voir les comédiens. Et des talents, il y en a…. Le tax shelter a ouvert pas mal de portes, a permis de financer des projets en Belgique et de faire appel à des artistes belges. Dès lors, il y a eu une prise de conscience des talents dans notre petit pays.  Artistiquement, on fait de belles choses chez nous.
Le succès nous donne la liberté de faire des choix. On n’a pas toujours eu cette opportunité tout simplement parce qu’il faut faire face aux  priorités… C’était déjà formidable de vivre de son métier mais maintenant pouvoir choisir et proposer au public des pièces qui nous plaisent, c’est un plus.
Charlie : Soi-même, on n’a pas vraiment conscience de son succès. Tu ne sais jamais où tu te situes. Benoît* a dit dans une interview : « Quand tu commences, tu as l’impression que c’’est une course et qu’il y a une ligne d’arrivée, sauf que cette ligne elle n’arrive jamais ». A la fin d’un film ou d’un succès, tu ne sais pas où tu vas… La route est faite de montées et de descentes, il faut être conscient de l’éphémère … Dans l’image, ça se passe bien pour moi, pour nous, mais je ne me sens pas le maillot jaune de quoi que ce soit… Cala dit, il faut affirmer très fort ce à quoi on croit et on ne le fait pas assez, les acteurs belges ne sont pas assez mis en avant. Certains devraient être en première ligne, ils ne le sont pas, et ça n’a rien à voir avec leur talent.

* Benoît Poelvoorde

 Il dit d’elle: Elle partage avec moi la volonté de lutter contre l’ennui. Dans la vie, elle est profondément en quête de ne pas s’emmerder.

Elle dit de lui: Il fait des trucs que je suis incapable de faire, comme par exemple présenter les Magritte ; moi, je ne pourrais jamais mais je suis fascinée.

Tuyauterie

 

Actus et projets :

Tuyauterie :

  • Au Public jusqu’au 27 février
  • A la Maison Culturelle d’Ath le 20 avril
  • Au Centre culturel de Huy le 21 avril
  • Au Centre culturel de Sambreville le 20 mai

Promenade de santé

En tournée en France

Tania : « Je vais tourner avec mon père en mars et avril. Par ailleurs, « Faut pas lui dire », un film de la réalisatrice belge Solange Cicurel est en post-production et devrait sortir la saison prochaine. C’est l’histoire de 4  meilleures amies. Je joue le rôle d’une gynécologue, arménienne, éternelle célibataire qui a peur des hommes et qui, pour masquer sa peur, se comporte comme un mec.  Elle est très impliquée dans cette relation d’amitié et puis elle va tomber amoureuse… Histoire d’amour avec Laurent Capelluto, aux côtés de Camille Chamoux, Jenifer, Stéphanie Crayencour. »
Charlie : « Le 6 février, je présente la Cérémonie des Magritte. Les 25, 26 et 27 février, je ferai une lecture avec Laurent Capelluto au Théâtre le Public, d’un texte de Jean-Claude Grumberg, « Pour en finir avec la question juive ». Il y a un film, « Grand Frère », pour lequel on lance la production maintenant, on tournera l’été prochain. Et puis il y a une série télé avec la RTBF, qu’on devrait tourner en avril. Mais chuuut… On ne dévoile encore rien… »  A suivre….

Soyez le premier à ajouter votre avis.